Var : les élus LR en guerre contre le logement social..

Cela n’est pas une révélation. La droite, qu’elle soit LR, LREM ou RN, est hostile au logement social depuis toujours. La loi SRU de janvier 2002 sous le gouvernement Chirac-Jospin avait pour but de relancer la construction de logements sociaux et comme disposition principale de fixer à chaque commune de plus de 3 500 habitants (1 500 en Ile de France) un objectif à atteindre d’ici 2025, de 20% -devenu 25% en janvier 2013- de logements sociaux par rapport à l’ensemble du parc toutes catégories confondues.

A l’origine, c’était pour mieux répartir les logements sociaux, en construire davantage et donner une autre image des offices d’HLM à travers la qualité de leurs services ( production et entretien) Elle visait à résorber le manque criant de logements sociaux qui n’a cessé depuis de se creuser tandis que les moyens financiers ne suivaient pas, dès les années 2002 à aujourd’hui. Macron a annoncé la couleur et accélère le mouvement, avec la réduction des APL, la vente des HLM, la suppression de l’ISF, le regroupement des offices d’HLM…

Dans le Var, les LR ont renforcé leurs positions aux dernières municipales -tout en perdant beaucoup de voix, comme les autres, vu l’abstention record. Ils sont repartis de plus belle à l’abordage, pour justifier la fronde pour ne pas dire la mauvaise foi de leurs maires et élus locaux, départementaux et régionaux. D’autant plus hardiment que H. Falco est devenu le président des maires du Var et tient ferme la baguette. Ce qui n’a pas empêché qu’il n’a pas réussi le “carton plein” annoncé aux sénatoriales.

Il y a, dans le Var, quelques 27 000 foyers (plus de 100 000 habitants) qui sont en attente d’un logement locatif abordable, certains depuis des années. La moitié relève de TPM. Si l’on ne compte plus les diatribes contre la loi SRU, on attend vainement que diminue le stock de ces demandes qui concernent des familles généralement modestes et qui ne peuvent accéder au locatif privé, encore moins à l’accession à la propriété.(1 ) Voir bilan SRU par le représentant de la fondation Abbé Pierre.

Ce n’est pas en ces temps d’aggravation de la pauvreté et de grande incertitude sur l’issue de la crise économique, sociale et sanitaire que l’on peut s’attendre à une inversion des tendances chez les mêmes. Rappelons que 70% des familles varoises sont éligibles à un logement social, voire très social, par le prix s’entend.

Est-ce un hasard si TPM n’a pas pris la délégation des aides à la pierre et n’a plus de plan local de l’habitat ? C’est le directeur départemental des territoires et de la mer qui le dit. Il ajoute même que “l’Etat souhaite que la métropole prenne complètement en mains ses compétences en matière d’habitat et ait un document de planification de sa politique de logement. Aujourd’hui il n’y a pas de planification intercommunale sur le logement. TPM est la seule métropole qui n’a plus de programme local de l’habitat” ! (VM 25/9/20)

Et pourtant la métropole a la main sur toute une série de compétences et agit, bien entendu, en accord avec les maires et leurs majorités. Ils sont désormais “11 sur 11” vice-présidents LR à siéger au bureau. L’opposition y est symbolique.

Comme le dit encore le directeur départemental, “ce qu’attendent les maires de TPM c’est que la part de logements sociaux se fasse chez les autres !”C’est en effet ce qu’ils appellent la “solidarité” entre les communes ?

Passe d’armes avec l’Etat

Ce que ne dit pas le représentant du préfet c’est que les intentions de l’Etat ne vont pas dans le sens d’un renforcement du logement social et des offices HLM mais dans celui de leur liquidation…tout en prétendant  chercher à faire des économies d’échelle, «faire mieux et moins cher «en quelque sorte. On voit ce que ça donne dans les services publics.

Macron fait l’impasse sur les mal-logés, les pas logés du tout, les attaques contre les offices d’HLM, bref, sur la crise du logement social en France. Même la loi DALO est malmenée, les maires en question ne veulent pas des ménages modestes sur leur territoire, ils font tâche et risquent de grever l’aide sociale. Manque de standing, voyons. Pas sur notre littoral et en plus ils coûtent cher selon leurs critères “républicains” : qu’ils aillent voir ailleurs !

Non, c’est le capital et sa domination qui nous coûtent cher : on gave les actionnaires et on protège les entreprises au nom de l’emploi pendant qu’on leur donne le feu vert pour licencier par centaines de milliers, je parle des plus grosses entreprises, celles qui planquent leurs avoirs dans les paradis fiscaux. C’est ce qui produit l’accroissement des inégalités et de la pauvreté à grande échelle.

A Hyères, le 2 octobre JP Giran a fait voter au conseil municipal une motion qu’il voulait unanime et donc pas trop agressive, se contentant de demander “que la loi SRU tienne compte des réalités historiques, géographiques et normatives qui sont celles de notre commune…” Quelle retenue !

Un bel exemple de langue de bois pour atténuer le but recherché : trouver une manière de se démarquer du pouvoir en feignant de s’opposer à une politique du logement tout autant libérale. Et en flattant une catégorie d’électeurs. Ces qui, effectivement, n’ont rien à faire de la crise du logement social.

Dès le 25 septembre, à TPM, les 11 maires avaient réagi aux propos du directeur départemental des territoires qui leur sont restés en travers de la gorge, se gardant toutefois de fustiger la loi SRU mais ses modalités d’application, tout en appelant néanmoins “à une révision de la loi….dont les objectifs sont irréalisables, pas tenables ni acceptables…” Au moins c’est clair, ils ne pensent qu’à ça. Cette loi progressiste ne convient pas à la droite, ni à la partie de la gauche qui a rejoint la droite.

Et c’est un ministre communiste J-C Gayssot qui l’avait portée et ça, il faut doublement l’effacer.

Déjà en 2000, un certain J-Paul Delevoye, alors président RPR de l’association des maires de France, affichait “ses réactions et réserves négatives” jugeant “la définition du logement social trop restrictive” et proposant “les 20% modulés selon les situations locales…” De retour au pouvoir en 2002, la droite n’avait pu l’abolir. Les lois ELAN et PACTE l’ont notablement élaguée par la suite. Macron s’efforce de l’achever et les LR jouent à la mouche du coche qui pensait que c’était elle qui faisait avancer l’attelage.

A La Seyne, la nouvelle municipalité LR s’efforce de remettre en cause les projets en cours de la municipalité précédente de gauche, que ce soit les 77 logements quartier du Peyron ou les 350 du Bois Sacré ! Y aurait-il trop de logements sociaux dans cette ville qui en a perdu un millier dans les années gérées par la droite il y a vingt ans ? La Seyne et La Garde approchaient les 30% de logements sociaux avant la loi SRU. Elles restent largement en tête pour leur patrimoine d’habitat social…tout en ayant reculé.

La loi du marché, au cœur du libéralisme, conduit naturellement à considérer le logement comme une valeur marchande donc spéculative, une conception qui s’oppose frontalement à un droit d’accès égal pour tous et aux organismes d’HLM à but non lucratif qui ne rémunèrent pas d’actionnaires privés. L’accession à la propriété à prix coûtant fait partie de leurs compétences mais, en priorité, il s’agit de produire des logements locatifs accessibles, pour donner un toît à toutes celles et ceux qui en ont besoin. Ce qui ne veut pas dire au rabais, ni de moindre qualité.

Cette loi du marché ne peut pas être efficace car elle s’adresse à une population solvable et non à des ménages à ressources modestes. Et ils sont de plus en plus nombreux ! La menace du privé existe cependant et ne peut conduire qu’à des hausses de loyers pour des services moindres. Mais ils y pensent. Pourtant ils savent que le parc locatif privé n’est pas accessible aux demandeurs de logements sociaux. Ils n’ont sans doute pas les mêmes problèmes pour se loger ?

La question concerne 4 millions de personnes en France, au moins. Résultat : la pénurie de logements sociaux ne fait que s’aggraver. Macron s’attaque aux plus modestes et aux bailleurs sociaux priés de se regrouper et de prendre à leur charge la baisse des APL entre autre, sur leurs fonds propres qui seront réduits au moment où il faut en même temps programmer davantage de construction, de réhabilitation, de  rénovation thermique… Voudrait-on les asphyxier qu’on ne s’y prendrait pas autrement.

D’où ces trois propositions du PCF de construire 200 000 logements sociaux par an et renforcer la loi SRU (vers 30 % de logements sociaux en zone urbaine).

De créer un service public national et décentralisé du logement, de l’habitat et de la ville s’appuyant notamment sur un pôle public financier (financement à taux zéro du logement public) ainsi quun pôle public de la construction et une agence nationale foncière (pour compenser les surcoûts fonciers). Propositions de loi régulièrement rejetées.

Tout en contestant la politique de Macron les élus LR ont  la même logique, les mêmes objectifs : ils exigent simplement plus de détermination  dans la destruction de notre patrimoine public que constitue le logement social, pour le livrer au privé.

Comme pour notre système de retraite et l’ensemble de notre sécurité sociale ne laissons pas démolir un à un nos acquis sociaux et démasquons les vrais démagogues populistes

René Fredon

 

(1) http://www.tv83.info/2020/09/25/var-logement-social-bilan-sru-2017-2019/