N’en déplaise au président du chaos

 

        La page des retraites est plus ouverte que jamais

 

 

A peine la décision prévisible  du conseil constitutionnel était-elle connue que Macron s’empressait de promulguer la loi, dans la nuit de samedi à dimanche, en même temps qu’il décidait de s’adresser aux Français dès le 17 avril…tout seul comme un grand, sans personne pour lui poser les questions qui fâchent..

 

Quel aveu ? Après avoir refusé de recevoir les syndicats il les convoque pour leur parler de l’avenir et de sa feuille de route, mais pas de la question des retraites, réglée à ses yeux ! Si c’est ça le dialogue..? C’est qu’il ne veut rien comprendre de ce qui se passe dans le pays.

 

Un mouvement social soutenu par plus de 70% de la population qui a compris que “sa réforme” ne garantit nullement au plus grand nombre des salariés.es une amélioration des pensions, loin s’en faut, mais seulement un allongement de la durée du  travail à 64 ans avec des annuités de cotisations qui atteindront 43 ans en 2027 ! L’on sait qu’ils iront plus loin.

 

Une véritable provocation qui n’a fait que mettre le feu aux poudres et amplifier les colères sociales face à un tel mépris vis-à-vis d’une majorité de citoyens.es qui se considère à juste titre légitime et veut être écoutée, pas humiliée et contrainte. Ce qui se traduit par une volonté encore plus forte de se faire entendre, à travers les initiatives d’une intersydicale solide, unie et renforcée dans ses convictions face à un coup de force devant lequel le peuple a été placé.

 

Plus que jamais Macron se conduit comme un monarque qui dicte ses volontés et ses choix tactiques prévus dans la constitution. Or c’est lui et les présidents des deux chambres qui nomment les neufs “sages”. On n’est jamais si bien servi que par soi-même.

 

Ils ont pris une position politique et constitutionnelle. Mais c’est justement la constitution qui n’est plus adaptée à l’exigence démocratique qui porte sur un partage des pouvoirs par une reconnaissance de la souveraineté du peuple et non d’un monarque, pour être fidèle à la Révolution française dont tout le monde -ou presque- se réclame.

 

Une VIè République s’impose. Elle ne réglera pas tout. C’est la volonté populaire qui, par les luttes, fera évoluer les rapports de force permettant de sortir des dogmes libéraux privatisant à tour de bras pour satisfaire les intérêts d’une minorité de privilégiés dominant l’éconnomie et imposant ses choix. De nouveaux pouvoirs citoyens à tous les niveaux sont à conquérir.

 

Le chaos ne vient donc pas de l’expression populaire, très largement majoritaire, mais du président-monarque minoritaire qui décrète que c’est lui et lui seul qui décide des choix qu’il prétend bons pour le pays. Ce fumeux conseil constitutionnel a même rejeté le référendum d’initiative partagée (RIP). Un déni de la démocratie, sans cesse brandie par ceux qui la foulent aux pieds.

 

Quelques députés de la droite macronienne reconnaissent l’isolement du pouvoir, les manques et souhaitent plus de dialogue…après avoir soutenu la réforme du chef ! Quatre députés ont même quitté leur groupe.

 

LR également a permis à Macron de passer en force mais avait promis d’aller jusqu’à…65 ans. De son côté, Xavier Bertrand n’en accuse pas moins Macron d’attiser le chaos, pour être dans l’air du temps.

 

Le RN n’a strictement rien fait dans ce combat continu pour les retraites, mais il se dit “opposé à la réforme Macron“, il observe et utilise le malaise social, démocratique, politique, climatique…pour attirer l’électorat populaire en jouant la mouche du coche…derrière le masque de l’ultra-libéralisme anti-républicain.

 

Des socialistes comme Thierry Pech, fondateur de Terra Nova, qui avaient rallié Macron en 2017, trouvent qu’il s’y prend mal et souhaitent un apaisement tout en rejetant les “extrêmes” ? D’autres se font élire par l’électorat de droite, voire RN pour battre un sortant LFI…

 

Des débats à la télé emboitent le pas de la critique des méthodes de Macron en mauvaise posture, au point d’embraser le pays. Mais il y est très rarement mis en cause la nature des politiques que nous infligent Macron et ses condisciples européens, à savoir le système économique capitaliste qui les impose.

 

Ce qui crée l’insécurité sociale, un contexte d’inflation, de restrictions alimentaires pour des millions de familles, de pénurie des énergies et même de l’eau, de salaires et pensions trop bas, d’emplois de plus en plus insuffisants et précaires, en même temps que s’étalent les profits insolents de quelques-uns battant des records !

 

C’est ce contexte et la perspective de le dépasser qui étaient au coeur du 39è congrès des communistes à Marseille il y a quelques jours. Sortir la France -et l’Europe- de la nasse et de l’impasse libérale et construire un avenir de progrès social et démocratique. Pour et avec le peuple, réussir l’urgente transition écologique et y consacrer les moyens. Ils existent pour peu que la finance soit maîtrisée. Tout ne saurait être marchandise par ailleurs. De même associer les salariés.es aux décisions, avec des droits nouveaux, dans les entreprises publiques et privées ne peut qu’améliorer les rapports au travail et lui donner du sens.

 

Partager les richesses et co-décider à tous les niveaux du local au national, des grands investissements respectueux des objectifs bas-carbonne. Porter des initiatives de paix en Ukraine et partout où les conflits perdurent. Promouvoir toutes les émancipations qui nous libèrent de toutes les exploitations et humiliations…Vers plus d’égalité, de liberté et de temps pour vivre.

 

Il ne s’agit pas d’un catalogue à cocher mais d’une ébauche d’une construction plurielle à enrichir, la plus large possible.

 

J’aurai l’occasion d’y revenir.

 

 

René Fredon

 

N’en déplaise au président du chaos