Trump a défiguré les E.-U

Tel est le point de vue de Sarah Halifa-Legrand, correspondante à Washington pour
le Nouvel Observateur.

« Six mois en dystopie : comment Trump a défiguré les Etats UnDepuis le début de son second mandat, le locataire de la Maison-Blanche mène une guerre totale aux idéaux et aux garde-fous de la démocratie américaine, et évidé imposant à la place une culture de l’arbitraire, du mensonge, de l’intimidation et de la cruauté.

L’inventaire de ce premier semestre est vertigineux.

Six petits mois se sont écoulés depuis le retour au pouvoir de Donald Trump, qui ont semblé une éternité tant ils ont défiguré l’Amérique. « Six mois.

Ce n’est peut-être pas assez long pour faire grandir un bébé, construire une maison ou
obtenir une licence de vente d’alcool, mais c’est assez pour briser un pays »,constate le journaliste Anand Giridharadas dans sa newsletter « The Ink ».
Faire l’inventaire de ce premier semestre, que le 47e locataire de la Maison Blanche glorifie comme «le plus formidable de l’histoire de notre pays », est vertigineux.

Trump a mené une guerre totale aux idéaux qui faisaient de l’Amérique le pharedu monde libre, en imposant à leur place une culture de l’arbitraire, du mensonge, de l’outrance, de la vengeance et de la cruauté. Déterminé àdégommer les garde-fous démocratiques, il a gouverné par décrets (170),dépossédé le Congrès de ses prérogatives, brisé une à une les vertèbres desinstitutions à coups de purges spectaculaires. En quatre mois de service audépartement à l’Efficacité départementale(DOGE), Elon Musk a licencié des
dizaines de milliers d’employés fédéraux et évidé des agences comme l’USAIDchargée de l’aide étrangère, ce qui pourrait provoquer plus de 14 millions dedécès supplémentaires dans le monde d’ici à 2030, selon la revue médicale
« The Lancet ».

Climat de terreur:

Un climat de terreur règne dans les couloirs de l’administration Trump. Oncraint désormais de s’exprimer librement au pays du Premier amendement.
Le patron du FNI soumet ses agents au détecteur de mensonges pour testerleur loyauté. Diversité, équité, inclusion sont devenus des mots interdits.

Trump a imposé sa vision du monde binaire de bons et de méchants, son vocabulaire de deux cents mots centré autour «good» et « bad » et ses méthodes de gangster. Il attaque ses opposants, juges, journalistes, politiciens…-dernier en date Barack Obama,- qu’il accuse de rédition.

Il menace et extorque ceux qui renâclent à se soumettre. A l’intérieur oùuniversités et cabinets d’avocats s’agenouillent, en lui versant des centainesde millions de dollars. Et à l’étranger, où il assoit sa puissance par le chantage aux droits de douane ou par les armes comme en Iran.

Il a fait voler en éclats les droits humains. Il conteste le droit du sol héritéde l’esclavage, annihile celui des transgenres (privés d’existence légale parun décret ne reconnaissant que deux genres), et piétine celui des immigrés. Ces derniers vivent dans la peur des rafles exécutées par despoliciers masqués qui les envoient vers des camps de détention isolés -telson nouvel « Alligator -Alcatraz » en Floride-, les prisons pour malfrats duSalvador ou des pays dangereux, sans qu’ils aient eu droit à un avocat.

Trump a détruit des pans entiers du savoir scientifique en taillant dans lesfinancements de la recherche, endommageant durablement lesconnaissances  médicales et climatologiques. Des étages du National Institut of Health sont aujourd’hui déserts tandis que l’Agence deProtection de l’Environnement va fermer sa branche de recherche.

L’Amérique est sortie de l’accord de Paris sur le climat, sur l’Organisation mondiale de la santé et bientôt de l’UNESCO (décembre 2026). Leprésident asphyxie financièrement l’audiovisuel public et transforme laculture en farce : il a pris le contrôle du Kennedy Center qui pourrait voirrenommé son opéra « Mélania Trump Opéra.

Il ferme les robinets d’un côté, mais les ouvre de l’autre : sa « Big Beautiful Bill », sa loi phare devrait faire exploser le déficit à 3 400 milliards de dollars.

Elle prévoit des réductions d’impôts pour les riches mais va priver 10 millions d’Américains d’assurance-maladie. Pendant ce temps Trump enrichit son clan en investissant dans les cryptomonnaies.

Il a humilé des chefs d’Etat étrangers dans le bureau Ovale, joué au VRP de Tesla à la Maison Blanche, amnistié les 1 600 émeutiers de l’assaut du
Capitole.

Et puis, il y a ce qu’il n’a pas fait : l’inflation, qu’il avait juré de maîtrise peine à retomber ; la guerre en Ukraine à laquelle il devrait mettre fin en vingt-quatres heures, fait rage ; Gaza, qu’il prétendait transformer en « Riviera », est un mouroir à ciel ouvert.

Après ces six mois dystopiques, tout cela est-il encore réparable ?

Trump a défiguré les Etats Unis