Lu dans L’HUMANITÉ: Rapport de la fondation pour le logement….Des chiffres jamais atteints en 30 ans… Ce que révèle le dernier rapport de la Fondation pour le logement des défavorisés

Dans son 31e rapport annuel, la Fondation pour le logement des défavorisés dénonce les mesures trop timides du gouvernement, alors qu’il manque 1,5 million de logements en France et que les inégalités sociales s’accentuent.

« Nous sommes à un moment de bascule sur le front de la précarité et du mal-logement », explique Christophe Robert, délégué général de la fondation pour le logement des défavorisés. © Laurent GRANDGUILLOT/REA

Une fois de plus, le logement vient de lui passer sous le nez. Nicolas a tout juste fêté ses 30 ans. L’âge barrière. Celui où enfin il devait avoir son chez-soi. Avec un peu plus d’un Smic mensuel, l’ambulancier a vite laissé tomber les annonces de location. « Un loyer à 500 euros, en région parisienne, c’est peine perdue », souffle-t-il, amer.

Alors, avec les 20 000 euros économisés, le jeune homme espérait bien pouvoir acheter. « Mais là aussi, les banques demandent un dossier béton. » Nicolas fait partie des 5 millions de jeunes majeurs vivant chez leurs parents. En France aujourd’hui, plus de 600 000 personnes sont hébergées de façon contrainte chez un tiers.

Un véritable continent méconnu, invisible, du mal-logement, et « une forme d’exclusion du logement deux fois plus importante que les 350 000 personnes sans domicile », note Manuel Domergue, directeur des études de la Fondation pour le logement des défavorisés (ex-Fondation Abbé-Pierre).

Près d’un million de personnes ne disposent pas d’un logement personnel

Lundi 2 février, la fondation rendait public son rapport annuel sur l’état du mal-logement en France. Une année 2025 qui a « encore été une année noire pour le logement », prévient-on d’emblée. Près de 1 million de personnes ne disposent pas d’un logement personnel, qu’elles vivent à la rue, dans un squat ou un bidonville, en hébergement d’urgence ou accueillies chez un tiers. « On manque en France de 1,5 million de logements », ajoute Christophe Robert, délégué général de la fondation.

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Les chiffres se passent de commentaires : plus de 900 personnes sont mortes dans la rue en 2025. Un nombre multiplié par deux en un peu plus de dix ans. En 2025, 35 % des Français avouent avoir eu froid dans leur logement. Ils étaient 15 % en 2019. Un peu plus de 15 % de la population – près de 10 millions de personnes – vivaient sous le seuil de pauvreté en France métropolitaine.

En y ajoutant les territoires d’outre-mer, les personnes sans domicile et celles vivant en institution, ce sont 12 millions de personnes concernées par la pauvreté. « Un chiffre qu’on n’avait pas connu depuis trente ans », alerte Christophe Robert. Avec en parallèle un phénomène qui se développe : désormais les inégalités de patrimoine sont deux fois plus importantes que celles des revenus. Ainsi, 60 % des richesses des ménages sont transmises par l’héritage contre 35 % au début des années 1970.

Du mal à payer le loyer, les factures d’énergie

Le rapport témoigne largement d’un creusement des inégalités et du durcissement de la « lutte des places » pour trouver un toit, un stage, un emploi. Selon un sondage Ipsos pour la fondation, au cours des deux dernières années, 24 % des personnes interrogées déclaraient avoir eu recours à l’aide financière de leurs proches.

Deux fois plus qu’en 2021. Et 14 % de la population précisent avoir eu recours à l’aide alimentaire. Là aussi, c’est deux fois plus qu’en 2021. Concernant le logement, 20 % des personnes interrogées ont du mal à payer leur loyer. Elles étaient 13 % en 2022. Elles sont 26 % à avoir des difficultés pour honorer leurs factures d’énergie, contre 17 % en 2022.

« Ces indicateurs montrent que nous sommes à un moment de bascule sur le front de la précarité et du mal-logement », poursuit Christophe Robert. Une facture qui pourrait s’alourdir avec la réforme du RSA, « dont le versement est de plus en plus conditionné à une espèce de surveillance infantilisante des ménages allocataires », estime le délégué général. Sans compter les réformes successives de l’assurance-chômage qui ont conduit à des baisses moyennes de 20 % de la durée et du montant d’indemnisation.

2,9 millions de demandes de logements sociaux en attente en 2025

« Malgré cette triste réalité, l’année 2025 s’est achevée comme elle a commencé : sans budget, dans l’instabilité politique, et sans visibilité de l’action gouvernementale », déplore Christophe Robert. Et les quelques mesures engagées (plans pluriannuels du logement, places en intermédiaires locatifs…) restent largement insuffisantes au regard des besoins.

D’autant que, depuis 2017, les politiques sociales du logement ne cessent de s’affaisser (baisse de production des logements sociaux, baisse d’efficacité des APL, précarisation accrue des personnes exilées…).

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Côté politiques publiques à destination des locataires, les APL – l’un des leviers de la solidarité sociale – ont été considérablement affaiblies depuis 2017. Au total, le montant des coupes atteint 4 milliards d’euros en 2026, comme chaque année depuis 2021. « Ces mesures d’économie ont des effets dévastateurs sur les impayés, la baisse d’accessibilité au logement et le budget des ménages modestes », avance la fondation. La production de logements sociaux, au plus bas, continue de subir d’importantes coupes budgétaires et la file d’attente s’allonge : 2,9 millions de demandes en attente en 2025. Un record et un chiffre qui a doublé en vingt ans.

La production de logements sociaux s’est écroulée

En face, les attributions annuelles de logements sociaux s’effondrent : moins de 400 000 logements attribués en 2023 et 2024, le plus bas niveau depuis dix ans. Les coupes budgétaires se multiplient pour ce seul secteur à but non lucratif : moins 1,3 milliard chaque année. Ceci engendre cela : la production de logements sociaux s’est écroulée : 95 000 en 2025, bien loin des 124 000 logements sociaux financés en 2016. Quant à la rénovation énergétique, alors que la précarité énergétique explose, au lieu des 200 000 rénovations d’ampleur affichées, seules 77 000 ont été comptabilisées en 2025. Et Les guichets MaPrimeRénov’ fermés durant l’été ont représenté « un signal désastreux ».

Fort de ce constat, le gouvernement a annoncé un nouveau dispositif Relance logement. À la clé, 400 000 logements construits par an pour atteindre les 2 millions d’ici à 2030. Un dispositif qui « présente des loyers intermédiaires parfois supérieurs aux loyers locaux. Sans visibilité sur le long terme » et, en tous les cas, « qui n’est pas la réponse sociale », affirme la fondation.

Face à cette massification du mal-logement, la Fondation pour le logement des défavorisés est catégorique : « Il faut une réorientation politique et faire du logement une composante de la protection sociale. » Avec un impératif : ériger en priorité la production de logements sociaux. La fondation développe des mesures de bon sens, qui passent par les aides à la pierre pour les organismes HLM, pérenniser l’encadrement des loyers, faire monter en puissance les baux réels solidaires pour faciliter l’accession sociale à la propriété sans privatiser le foncier, ou encore renforcer la fiscalité sur les logements vacants et les résidences secondaires.

Publié le 2 février 2026  par Nadège Dubessay

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