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« Il faut avoir le courage de la cohérence »

« Il faut avoir le courage de la cohérence »

Ian Brossat, porte-parole du PCF, appelle la gauche française à s’inspirer du modèle d’union espagnol,qui respecte les différences de chaque parti.

24/08/2023 | 08H36

La rentrée politique est actée cette semaine avec l’ouverture des différentes universités d’été. L’occasion pour chaque parti de réunir responsables politiques et militants, d’échanger, de débattre et de définir une base commune. À gauche, au lendemain de la bataille contre la réforme des retraites, la Nupes est ébranlée par des stratégies divergentes quant aux futures échéances électorales. Toute la semaine, La Marseillaise interroge ses différents représentants. Ce mercredi, la parole est donnée à Ian Brossat, porte-parole du Parti communiste français.

La Marseillaise: Marseille, et récemment Nîmes, comptent leurs victimes sur fond de trafic de drogue. Comment le PCF se saisit de ce sujet ?

Ian Brossat : La question de la sécurité est majeure. La gauche aurait tort de considérer que c’est un thème qui doit être laissé à la droite à fortiori. Elle qui, comme le gouvernement actuel échoue lamentablement sur ce terrain-là. Les catégories les plus populaires souffrent le plus de l’insécurité. Il y a besoin d’un retour à la police de proximité, comme l’a proposé Fabien Roussel pendant la campagne de la présidentielle. Elle a été détruite par Nicolas Sarkozy quand il a été président de la République et aucun gouvernement ne la remise sur pieds. De plus, le besoin de s’attaquer aux trafics et notamment au trafic de drogue en remontant les filières. Mais cela suppose des moyens, notamment du côté des douanes, qui ont été complètement dépouillées depuis une dizaine d’années en France.

Que pensez-vous des polémiques autour de la présence de la Médine aux universités d’été de LFI et d’EELV, lui qui sera aussi à la Fête de l’Huma?

I.B. : Pour ce qui concerne le PCF, nous sommes sans ambiguïté aucune sur la nécessité de lutter contre l’antisémitisme, le racisme et toutes les formes de discrimination. Nous continuerons à mener ce combat sans relâche. Quant à Médine, il s’est expliqué sur ses expressions passées dans diverses interviews récentes. Dont acte. Je pense qu’il faut rester concentré sur les préoccupations des Français en cette rentrée. La première étant le pouvoir d’achat, la lutte contre l’inflation, la rémunération du travail : nous avons bien l’intention d’enfoncer le clou sur ces questions-là. La deuxième c’est le changement climatique, dans cette période où la France est traversée par une canicule qui atteint des niveaux absolument considérables. Cela révèle deux choses : l’inaction coupable du gouvernement face au changement climatique et une fragilisation sans précédent de notre service public de santé. Ces politiques libérales ont saccagé le service public et donc devient urgent un changement pour obtenir que l’hôpital public soit remis sur pieds.

En réponse au défi climatique vous proposez un mix énergétique. De quoi s’agit-il?

I.B. : Si on veut lutter contre le dérèglement climatique il faut se débarrasser des énergies fossiles. Il est vain d’imaginer que l’on puisse le faire en ne s’appuyant pas sur le nucléaire mais uniquement sur les énergies renouvelables. Nous considérons effectivement que pour sortir des énergies carbonées, il faut s’appuyer sur un mix énergétique : d’une part le nucléaire, de l’autre part les énergies renouvelables. C’est comme cela que nous parviendrons à réaliser cette transition.

L’exemple espagnol, de coalition de gauche, vous inspire?

I.B. : Il est intéressant car la coalition de gauche a su faire vivre son union dans le respect de sa diversité. Ce qui contraste singulièrement avec le climat qui existe à gauche en France. C’est une coalition qui, au pouvoir, a fait la preuve de sa capacité à changer la vie du monde du travail. Le gouvernement espagnol a augmenté le SMIC de plus de 40% au cours de ce dernier mandat, grâce à la vice Première ministre chargée du Travail issue des rangs du Parti communiste, Yolanda Diaz. Les réformes qui ont permis de diminuerdrastiquement le recours aux contrats précaires. Et, ainsi, transformer ensalariés les employés ubérisés, les livreurs à vélo etc. On a un exemple en Espagne qui est extrêmement riche d’enseignements. Si la gauche pouvait prendre ce chemin-là en France, elle s’en sortirait assurément mieux.

Ne craignez-vous pas une dilution des voix ?

I.B. : D’abord, le mode de scrutin est à la proportionnelle et sur les enjeux européens, les différentes composantes de la gauche disent des choses très différentes. Le PCF s’est opposé à l’ensemble des traités européens libéraux qui nous ont été imposés depuis plusieurs décennies. Et les faits nous donnent raison, il suffit de voir le secteur de l’énergie. C’est l’Union européenne qui nous a obligés à le démanteler et à tout livrer à la concurrence. On voit bien aujourd’hui que les Français sont littéralement étranglés par le niveau de leurs factures. Je nous vois mal, demain, participer à une liste pour les élections européennes avec des gens qui, ont défendu et continuent de défendre tous ces traités européens, la concurrence libre et non faussée ettoutes ces lubies qui nous ont menés dans le mur. Il faut avoir le courage de la cohérence et c’est de défendre nos positions à l’occasion des électionseuropéennes. Les Français trancheront par leur vote.

Comment, dans ce cadre-là, renouer le dialogue entre les partenaires de la Nupes et l’élargir au peuple?

I.B. : Il ne faut pas faire une fixette sur la question de l’union aux élections européennes, ce n’est pas une bonne manière d’avancer. Par le passé, nous avons toujours présenté des listes distinctes, même quand les différentes composantes de la gauche gouvernaient ensemble, entre 1997 et 2002. Aller sur des listes différentes aux élections européennes ne doit pas nous empêcher de nous unir sur d’autres combats.

Fabien Roussel est la personnalité la plus populaire à gauche. Quelles sont les ambitions du PCF ?

I.B. : Ces études d’opinion nous encouragent et entrent en écho avec ce que les militants communistes ressentent dans leurs contacts avec la population. Fabien Roussel est populaire, la personnalité de gauche la plus populaire, c’est vrai chez les Français et c’est vrai aussi désormais parmi les électeurs de gauche. C’est lié, en mon sens à deux choses : sa personnalité, les Français le sentent, il est sincère, il ne joue pas un rôle. Deuxièmement, il défend avec les militants, une ligne qui est celle d’une gauche populaire, authentique, du monde du travail, de la feuille de paye, on a besoin de ça aujourd’hui. Notre ambition en s’appuyant sur cette force-là, c’est d’être utile au peuple, au plus grand nombre et de mettre cette popularité-là au service des Français, de ceux qui ont le plus besoin que ça change.

Entretien réalisé par Laureen Piddiu

« On a un exemple en Espagne qui est extrêmement riche d’enseignements. »

la marseillaise du jeudi 24 février 2023

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Transition et perspectives

 

 

 

Transition et perspectives

 

La transition climatique commence à être prise au sérieux. Elle est de plus en plus vécue, notamment dans la jeunesse, comme une nécessité urgentissime et comme la conséquence directe du productivisme et du consumérisme stimulés par la recherche du profit à court terme de la classe des possédants et de celles et ceux qu’ils influencent.

Le système économique capitaliste repose sur l’exploitation de la main d’œuvre, l’appropriation des moyens de production et des résultats, le tout provoquant l’épuisement de la planète et les inégalités sociales à grande échelle. Ses partisans sont à la tête des grandes entreprises et institutions financières ainsi qu’aux commandes des Etats, depuis l’ère industrielle à la fin du 18è siècle.

Identifier les causes

Peut-on laisser perpétuer le même système de production et de consommation qui creuse les inégalités en même temps que s’accumulent les profits d’une minorité…et les gaz à effets de serre ?

Ce sont bien, en effet, les activités humaines qui sont responsables des pollutions, des pénuries d’énergies, des phénomènes dévastateurs dont nous sommes les témoins quotidiens…le niveau de responsabilité entre les décideurs, possesseurs des richesses et les consommateurs massivement sous-payés, voire privés d’une vie digne, ne se situe pas à la même échelle. On est à un moment de l’aggravation des conditions de vie de milliards d’humains devant qui on brandit les milliards de profits d’une poignée de décideurs ?!

N’est-ce pas cela qui doit changer radicalement ? En même temps, l’état de la planète se dégrade même si, après plusieurs décennies d’alerte des scientifiques, la menace climatique commence à être prise très au sérieux en France et dans le monde. Une menace intimement liée à l’exploitation capitaliste qui suscite de nombreux mouvements populaires très mal vus du pouvoir.

Petit retour en arrière

C’est bien pour changer le monde qui subissait l’oppression des maîtres de forges et des marchands aux quatre coins du monde que, quelques décennies après la Révolution française de 1789, un certain Marx, issu d’une famille aristocratique, consacra sa vie, avec Engels, à l’émancipation des peuples opprimés, confrontant avec les penseurs de l’époque, sa vision matérialiste du monde puisée aux sources de la pensée des matérialistes de l’Antiquité (Démocrite, Epicure, Lucrèce…)  : Est-ce la matière qui procèderait d’un Etre surnaturel ou le contraire : l’Etre, l’idée, le créateur.. qui procèdent de la matière ?

L’unité réelle du monde, écrivait-il, consiste en sa matérialité et celle-ci se prouve par un long et laborieux développement de la philosophie et de la science de la nature…Le  mouvement est le mode d’existence de la matière” Cela bien avant la découverte du radium (par Pierre et Marie Curie en 1903, partageant avec Henri Becquerel le prix Nobel de physique), des électrons, de la transformation des éléments…et des effets multiples de la découverte de la radioactivité jusqu’à nos jours.

Pas plus qu’il ne dissociait l’écologie et l’agriculture du processus d’exploitation de la main d’œuvre et de la nature… Il avait lumineusement exprimé son point de vue sur l’appropriation de la nature comme sur celles des hommes : « du point de vue d’une organisation économique supérieure de la société, le droit de propriété de certains individus sur des parties du globe paraîtra tout aussi absurde que le droit de propriété d’un individu sur son prochain”.

On comprend pourquoi ses théories et leur attraction sur les exploités ont été -et sont toujours- autant combattues par les grands propriétaires des moyens de production et leur armée de porte-voix.

Demain nous appartient

A la fin du XXè siècle, l’éclatement de l’ex-URSS a jeté un très grand trouble dans le mouvement ouvrier mondial, exploité par ses adversaires qui y voyaient “la fin du communisme”  discréditant leurs initiateurs et le communisme lui-même. Mais est-ce bien  le communisme qui a échoué ou sa caricature sous la férule de Staline. Ce que les communistes soviétiques ont reconnu devant le monde en 1956. Les inconditionnels du capitalisme et leurs maîtres-à-penser ont été un peu vite en besogne, le communisme n’a existé et n’existe nulle part.

Il y a des communistes au pouvoir qui s’efforcent de créer les conditions d’une société nouvelle dans leurs propres conditions historiques et dans le contexte d’une domination mondiale encore favorable au capitalisme.

L’écologie ne se substitue pas à la lutte des classes. Elle est un élément incontournable du combat révolutionnaire contre le capitalisme, responsable de la dérive hyper-productiviste, de la soif de profits et de pouvoirs de ses “élites” anti-sociales, liberticides, et destructrices de notre planète.

Attendre de ces “élites” des avancées sociales et écologiques, c’est entretenir une illusion dangereuse. Imaginons ce qu’il adviendrait avec le RN au pouvoir, dernier recours d’un capitalisme aux abois ?! Evidemment c’est au quotidien qu’il faut refuser l’inacceptable en les faisant reculer…comme l’association du Soulèvement de la terre que DARMANIN voulait dissoudre et que le conseil d’Etat a débouté

Jean JOUZEL, l’un des climatologues du GIEC, attirait l’attention ces derniers jours sur le fait qu’il ne suffit pas de faire face aux dégâts des canicules qui se renforcent d’année en année, “C’est aujourd’hui qu’il faut préparer un monde auquel les jeunes pourront s’adapter dans la deuxième partie de ce siècle”…

Ce sont les peuples qui font l’histoire

Ce qui se fait dans un seul pays peut avoir -ou pas- un effet d’entraînement autour de lui ou plus largement. L’attentisme, c’est la négation du mouvement et le statu quo garanti. Les conservateurs savent en jouer : il est plus facile de garder ce qu’on a que de partir à l’aventure…mais le problème c’est qu’on a de moins en moins de quoi vivre décemment.

Ce que les gens les plus délaissés attendent ce sont des réponses concrètes à leurs besoins quotidiens non satisfaits qui s’aggravent. Ils rejettent les “politiciens” professionnels et la politique en général qu’ils mettent dans le même sac. Ils sont près d’un sur deux à ne plus voter !

Et pourtant ils étaient 70 % à soutenir le mouvement syndical dans son combat pour le retrait du projet sur les retraites et l’allongement de la durée du travail. Le pouvoir l’a fait passer et le met en application. Est-ce la démocratie qui l’a emporté ? En aucune façon, c’est  le bon vouloir d’un homme au pouvoir et des institutions sur mesure qui lui permettent de tels détournements. Il a refusé que le parlement vote parce qu’il se savait minoritaire !

On n’attend pas la venue d’un homme providentiel mais une majorité progressiste unie sur des valeurs et objectifs précis, strictement dans l’intérêt général, visant l’éradication de la pauvreté et dans la perspective de redonner au peuple les moyens de vivre et de contrôler l’action du gouvernement dans tous les domaines. Et ce, à tous les niveaux.

Ce qui nécessite de redonner confiance aux citoyens par le respect de leur dignité et par leur écoute, ils aspirent à un autre monde de paix, de solidarité et de coopérations sur une planète restaurée.

C’est ce qui vient de se dire au 15è sommet des BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud) qui vient de se tenir à Johannesburg et vise à regrouper les pays du Sud pour établir un nouvel ordre mondial. 23 pays ont déjà fait part de leur volonté de rejoindre les BRICS pour se libérer de la mainmise des grandes puissances du Nord sur les instruments économiques, financiers et monétaires.

Six nouveaux pays ont décidé de s’y joindre : Argentine, Arabie saoudite, Egypte, Emirats arabes unis, Ethiopie et Iran. Un élargissement historique et un poids économique considérable.

Aussi importantes que soient les élections qui se succèdent, c’est par le mouvement populaire lui-même que changeront les rapports de forces entre progressistes et conservateurs RN compris.

Les raisons de la colère ne manquent pas : le coût de la vie explose, l’alimentation, les énergies, les fournitures scolaires…tout augmente fortement ! Inadmissible. Et voilà que la 1ère ministre en sursis nous annonce que les franchises sur les médicaments et les consultations vont doubler …où va-t-on ??

De quoi soulever de fortes et légitimes colères. Là encore ce n’est pas la faute du voisin ou de l’étranger, c’est le capitalisme en actes, la guerre en Ukraine en prime entre deux impérialismes qui n’arrivent pas à se parler ni à écouter les partisans de la paix. Les marchands d’armes y trouvent leurs comptes.

Le capital coûte cher, très cher à la France et aux Français.es

 

René Fredon